10/ Lorsqu'il y a une file d'attente devant un Musée et qu'arrive une personne handicapée, doit-elle passer devant la file ? OUI 59%

Les personnes handicapées militent pour une prise en compte de leurs "besoins spéciaux" selon la nouvelle terminologie anglo-saxonne. Là encore, je pensais que la priorité qu'on leur accorde légalement dans une file d'attente serait perçue comme "normale". La Réunion des Musées Nationaux a établi la gratuité de l'accès à ses établissements pour le titulaire de la Carte d'Invalidité et son accompagnateur (ainsi que la priorité aux guichets) depuis au moins cinq ans. Malgré cette décision, près de la moitié des handinautes m'ont dit "regretter de ne pas payer comme tout le monde" tandis qu'un tiers souhaite "la gratuité ou un demi-tarif". Le débat s'est enflammé entre ceux qui veulent qu'on respecte leur différence et ceux qui veulent être traités comme les autres. Les interventions ont même été particulièrement virulentes dés lors que les défenseurs de la gratuité ont précisés "qu'en tant qu'handicapés, ils accepteraient de faire la queue et de payer comme tout le monde le jour où tout aura tout mis en úuvre pour que les personnes handicapées ne rencontrent aucun obstacle dans leurs déplacements (transports en commun accessibles, accessibilité complète de tous les musées de France) et pour que les handicapés accèdent à un niveau de vie correct et à une existence totalement autonome (en tenant compte du coût relatif d'une entrée-musée par rapport au revenu moyen des handicapés : 54 % du SMIC)". Les opposants de la gratuité considèrent cette revendication comme une atteinte à leur dignité. Ils hésitent cependant entre deux options : faire la queue comme tout le monde ou passer devant la file. Si la station debout est pénible, il faut évidemment faire passer la personne devant la file mais "si on est tranquillement assis sur son fauteuil, ne peut-on pas attendre?" suggère un handinaute, provoquant l'irritation de certains. Les opposants à la gratuité se rejoignent au niveau de l'argumentaire : "pas de charité mais le droit d'être reconnus comme le commun des mortels". Cette soif d'être traité comme les autres est un objectif partagé par tous mais la situation actuelle n'exige t-elle pas quelques aménagements ? Certains handinautes canadiens ont suggéré d'opérer de subtiles distinctions : attendre ou pas, cela depend du handicap. Si l'on n'est pas particulièrement gêné par la station debout, on doit faire la queue comme tout le monde. La personne dont la station debout est pénible pourrait attendre sur un banc pendant que son accompagnateur fait la queue... La conception anglo-saxonne diverge complètement de la conception latine pour savoir qui doit décider : la loi (l'Etat) ou l'individu ? Pour conclure, il semble bien que le concept d'intégration ne soit pas compris par tous les handinautes de la même façon. Faut-il s'intégrer ou être intégré ? Qui définit les relations entre les individus : la société ou le législateur ? Faut-il distinguer les handicaps ? Est-il possible d'agir au cas par cas ? La communauté handicapée est loin d'avoir tranché.

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