15/ Le Téléthon est-il une bonne chose pour l'image des personnes handicapées? OUI 42%.

Evidemment, après des décennies de "non-communication", le Téléthon a beaucoup apporté en initiant une recherche high tech sur le génome humain. Pour un grand nombre d'internautes, il s'agit de "l'une des meilleures réalisations jamais réalisées sur terre pour faire connaître le handicap" pour que "les normaux en sachent plus" (sic). La recherche a besoin d'argent et les téléspectateurs ne le savaient pas. Les sceptiques formulent des critiques très diverses. Tout en reconnaissant les bienfaits pour la recherche et les bonnes intentions des organisateurs, une jeune myopathe ne peut s'empêcher de se trouver infantilisée : "l'émission nous enferme dans une image de pauvres débiles. On ne donne jamais la parole a des adultes, pourtant ils existent. Seuls quelques balbutiements d'enfants débordant de reconnaissance et de remerciements, devant un micro qu'on leur arrache souvent même avant qu'ils ne finissent leur phrase. Tout se passe comme si les malades adultes n'existaient pas. Ils n'intéressent pas les journalistes, qui craignent peut-être que nos interventions ne viennent troubler l'univers en rose et blanc qu'ils viennent de construire de toute pièce. J'ai été invitée une fois sur le plateau du Téléthon, et j'ai remarqué que la caméra évitait soigneusement de filmer tous les malades adultes qui se trouvaient la, et se concentrait sur les enfants placés au premier rang. L'objectif est évidemment d'émouvoir pour augmenter les dons, mais pourquoi ne pourrait-on pas émouvoir avec les difficultés que nous rencontrons dans la vie quotidienne (insertion professionnelle et sociale, obtention de prêts, soins à domicile, remboursement de matériel, etc) ?" Il y a aussi bien sûr ceux qui doutent de la bonne gestion des fonds (effet Crozemarie), les écúurés du show-biz, les familles qui manquent d'aides concrètes au présent, les opposants de la BA annuelle, telle Sabine, qui trouve le contraste insolent "pour ceux qui vivent relégués en centres et subissent des sévices sexuels dans la plus grande indifférence". "Le handicapé ? on l'oublie vite après" commente un internaute antillais. C'est moins la générosité des Français que le recours à la charité privée qui choque. Le déficit de politique publique se traduit par le développement du "charity-business" et donc de la médiatisation du handicap habillée de pitié. Jérôme explique qu'"il faut faire peur au public pour obtenir de l'argent" (...) "En donnant, on se déculpabilise en se donnant l'illusion d'un engagement citoyen au service des handicapés"... Et puis le handicapé est standardisé (l'enfant en fauteuil), mettant de côté tous les autres (handicapés sensoriels, mentaux, physiques). Alexandra ne peut s'empêcher de trouver bizarre "cette brochette de myopathes sortis juste pour l'occasion dans un rôle purement passif". Ce misérabilisme, utile pour récolter des fonds, se traduit souvent par du voyeurisme, l'exposition de bêtes curieuses. Le Téléthon dérange car il sous-tend qu'il faut absolument guérir du handicap sinon la vie ne vaut pas la peine d'être vécue. Bruno explique "qu'il ne souhaite pas la disparition du handicap mais seulement de la souffrance et de la solitude qui lui sont liées". Pourquoi vouloir absolument refuser le handicap ? "Les personnes handicapées, même mentales, apportent beaucoup à l'être humain, ne serait ce qu'une remise en question continuelle" poursuit ce conjoint de femme handicapée. Thierry se demande "si l'émission n'occulte pas les capacités des personnes handicapées, capacités que les valides ne possèdent pas. Il faut cesser de nous considérer comme des gens à part". La contribution d'Emmanuel traduit l'inquiétude de nombreux internautes: "Avec le prétexte de futures "thérapies géniques" à l'efficacité improbable (au moins économiquement), ce évènement TV survalorise l'origine génétique de nombreuses maladies (ou handicap). En même temps, le TELETHON banalise à l'extrême le principe de la sélection génétique, avec la participation "volontaire" de petits enfants myopathes qui ne seraient pas nés si... En effet, les journalistes et les médecins ne parlent que des "thérapies" futures, mais tous les futurs parents téléspectateurs comprennent quelle est l'utilité immédiate de pouvoir repérer les gènes soit disant "défectueux". C'est tellement évident que F2 a à peine osé montrer les BEBETHONS (les petits frères/soeurs "sains" que les parents d'enfants myopathes plus agés ont pu avoir sans risques, grâce aux progrès de la génétique). Pour ma part, je ne les ai vus qu'à l'avant dernier Téléthon. Il semble que F2 n'a pas osé les montré à nouveau au public cette année. Les BEBETHONS sont sans conteste un évènement heureux pour leurs parents. Mais l'exploitation médiatique et humanitaire de leur non-maladie combinée avec celle de la "possible guérison" de leurs aînés malades par la génétique permet de tuer tout débat public qui s'interrogerait sérieusement sur ces deux thèmes : sélection génétique et thérapie génétique. Pour ma part, je connais des familles de myopathes qui sont très heureuses. Ce n'est pas donné à tout le monde, mais de telles structures familiales sont désormais condamnées socialement par le "modèle" du TELETHON : Tout le monde peut/doit être sain sans attendre la génération suivante. Pour conclure : bienvenue dans un monde ou TOUS les "tarés" seront forcément nés de parents pauvres ! L' équation eugéniste : "Tout individu dit anormal ne doit pas se reproduire car son enfant ne pourra être qu'asocial" aura été retournée et généralisée en "Tout individu anormal ne peut être que l'enfant de parents asociaux". Pour ou contre le Téléthon ? Pascal trouve complexe de "juger la charity business dans un monde où l'on ne connaît pas son voisin". La bonne volonté des fondateurs du Téléthon est-elle une garantie suffisante pour éviter les dérapages ? Pourquoi cette aventure télévisée n'évoluerait-elle pas ? Le débat sur l'eugénisme doit-il forcément rester tabou ? Un consensus sur la thérapie est-il inconcevable ?

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