16/ La reconnaissance légale de l'euthanasie est-elle une bonne chose
pour les personnes handicapées ? OUI
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Sujet
difficile, complexe, douloureux, l'euthanasie est au cúur de bien des
interventions. L'euthanasie ("suicide assisté" pour les uns,
"mort opportune" pour les autres) est un sujet de société de moins en
moins tabou. Les personnes handicapées se sentent de fait directement
concernées (visées?) par la question. Leur vie, difficile pour beaucoup,
peut-elle être volontairement abrégée ? Non, répondent majoritairement les
internautes handicapés. L'envisager est une insulte pour la plupart d'entre
eux. "C'est la pire des calamités puisqu'elle nous fait rentrer dans
l'odieuse " libération par la mort " des médecins SS, une pratique
mortifère et barbare, animale, qui nous assimile à des bébés chats dont on
pourrait se débarrasser en les jetant à la rivière" crie un père de
famille en fauteuil. Pour deux internautes sur trois, l'euthanasie n'est pas un
progrès. "Les soins palliatifs sont, certes, opportuns mais
l'éradication du malade, du vieux, du faible ne peuvent devenir un modèle de
civilisation dans un continent humaniste" s'indigne un jeune homme
atteint d'une maladie génétique. Dans le même esprit un autre handinaute
souligne de façon plus pragmatique que c'est moins l'euthanasie que son
utilisation qui est dangereuse : "Le problème de l'euthanasie est un
problème très personnel qui ne peut en aucun cas se traiter par catégories de
population. La mort est sans doute l'acte le plus personnel que nous ayons à
pratiquer, il me parait dangereux de laisser le législateur s'y immiscer, sinon
bientôt l'euthanasie de confort deviendra une euthanasie économique pour les
"vies de faible valeur" et malheureusement les handicapés se
trouveront en première ligne". La "GnadeTod "des nazis
allemands pour les "verminderten Leben" est dans tous les esprits. A
ma grande surprise, les réponses reçues font peu appel à l'éthique de la vie ou
à une conviction philosophique ou religieuse. Les internautes sont clairement
opposés à une pratique car ils savent tout simplement en être les premières
victimes potentielles : "Derrière la notion d'euthanasie se cachent deux
sous-entendus, parfaitement inacceptables pour nous, handicapés. Il y aurait
une échelle de valeur entre les vies humaines (certaines valent la peine d'être
vécues, valent la peine qu'on se batte thérapeutiquement pour elles, et
d'autres pas. Sur quels critères se base cette distinction ? Qui en décide ?).
l y a des économies à faire, sur le dos des malades qui ne pourront guère s'y
opposer". La dénonciation de la logique de rentabilité est
omniprésente : "c'est le plus grand risque qui nous guette : l'argument
économique qui sous-tend aujourd'hui toute politique de la santé"
rappelle un accro du web en fauteuil. Le développement des soins palliatifs,
c'est-à-dire l'accompagnement médical et surtout psychologique des malades en
fin de vie, demande du personnel, du temps et de l'argent. Il n'est pas sûr que
l'Etat ait envie de faire ce choix. Pour cela, une seule solution : "faire
entendre notre voix" affirme Anne. "Il ne faut pas que nous
nous fassions confisquer notre parole de malades, ni par les gouvernants, ni
par le corps médical" conclue t-elle. Cette parole des malades a
t-elle une chance d'être entendue ? Oui, et il n'est pas trop tard semblent
dire les intervenants handicapés : "Il faut rappeler que, pour le
moment, aucun pays européen n'a reconnu la légalité de l'euthanasie. Même aux
Pays-Bas, le code pénal l'interdit. Par contre, l'euthanasie est
"tolérée" dans la pratique, c'est-à-dire qu'elle n'entraîne pas de
sanctions pour le médecin qui l'a pratiquée, dans le respect de certaines règles
strictes. Cette nuance est, bien entendu, parfaitement hypocrite"
explique une juriste. Certains s'opposent à la légalisation car "chaque
cas est particulier. "Une loi "pour" entraînerait des abus (on
zigouille le vieux tonton à héritage avec la bénédiction de la famille) et une
loi "contre" empêcherait tout médecin, pensant en son âme et
conscience qu'une personne souffre beaucoup trop et n'a aucune chance
d'amélioration, de lui apporter humainement la délivrance" écrit un
handinaute à la recherche d'un consensus introuvable. La ligne à ne pas
franchir est celle de la liberté individuelle que toute loi semble menacer. Une
autre façon de clore le débat est avancée : "je ne peux pas répondre
pour les autres, et puis pensons-nous différemment des valides ?"
conclue Rémy, un peu gêné. La comparaison de l'échantillon personnes
handicapées et valides serait en effet passionnante : "je ne vois pas
en quoi le problème des handicapés est différent de ce sujet de la plupart des
autres personnes !" note un opposant à l'euthanasie. Au fil des
interventions, je perçois que le débat sur l'euthanasie préoccupe beaucoup les
personnes handicapées mais surtout par crainte de l'Etat et d'une autorité
toute puissante qui se substituerait à la conscience de chacun. Le danger n'est
pas fantasmé mais méthodiquement identifié. Je retranscrits l'intégralité d'un
commentaire reçu en fin de table-ronde : "pourquoi notre société
performante et libérale, axée sur la loi du profit et du plus fort, plus
intelligent, etc. continuerait-elle de s'encombrer de tous ceux qui lui
rappellent que le corps humain est faillible et que la médecine n'est pas toute
puissante ? En cette période de restrictions budgétaires il sera facile de
rappeler que ces personnes coûtent cher (argument utilisé par les nazis) et que
c'est bien mieux pour tout le monde, elles et leur entourage, d'úuvrer à leur
disparition". La plaie est ouverte et la question de la prise en
charge de la douleur reléguée au second plan. Rares sont les défenseurs de la
mort opportune. Certains précisent qu'elles y sont favorables "comme les
valides" et émettent de sévères restrictions à son application : "à
condition que ce soit la personne handicapée elle-même qui prenne la décision
et non son entourage" et "si on exclue de son champ d'application les
personnes handicapées mentales". Le rejet unanime de l'euthanasie par
les intéressés sera t-il entendu ?