16/ La reconnaissance légale de l'euthanasie est-elle une bonne chose pour les personnes handicapées ? OUI 37%

Sujet difficile, complexe, douloureux, l'euthanasie est au cúur de bien des interventions. L'euthanasie ("suicide assisté" pour les uns, "mort opportune" pour les autres) est un sujet de société de moins en moins tabou. Les personnes handicapées se sentent de fait directement concernées (visées?) par la question. Leur vie, difficile pour beaucoup, peut-elle être volontairement abrégée ? Non, répondent majoritairement les internautes handicapés. L'envisager est une insulte pour la plupart d'entre eux. "C'est la pire des calamités puisqu'elle nous fait rentrer dans l'odieuse " libération par la mort " des médecins SS, une pratique mortifère et barbare, animale, qui nous assimile à des bébés chats dont on pourrait se débarrasser en les jetant à la rivière" crie un père de famille en fauteuil. Pour deux internautes sur trois, l'euthanasie n'est pas un progrès. "Les soins palliatifs sont, certes, opportuns mais l'éradication du malade, du vieux, du faible ne peuvent devenir un modèle de civilisation dans un continent humaniste" s'indigne un jeune homme atteint d'une maladie génétique. Dans le même esprit un autre handinaute souligne de façon plus pragmatique que c'est moins l'euthanasie que son utilisation qui est dangereuse : "Le problème de l'euthanasie est un problème très personnel qui ne peut en aucun cas se traiter par catégories de population. La mort est sans doute l'acte le plus personnel que nous ayons à pratiquer, il me parait dangereux de laisser le législateur s'y immiscer, sinon bientôt l'euthanasie de confort deviendra une euthanasie économique pour les "vies de faible valeur" et malheureusement les handicapés se trouveront en première ligne". La "GnadeTod "des nazis allemands pour les "verminderten Leben" est dans tous les esprits. A ma grande surprise, les réponses reçues font peu appel à l'éthique de la vie ou à une conviction philosophique ou religieuse. Les internautes sont clairement opposés à une pratique car ils savent tout simplement en être les premières victimes potentielles : "Derrière la notion d'euthanasie se cachent deux sous-entendus, parfaitement inacceptables pour nous, handicapés. Il y aurait une échelle de valeur entre les vies humaines (certaines valent la peine d'être vécues, valent la peine qu'on se batte thérapeutiquement pour elles, et d'autres pas. Sur quels critères se base cette distinction ? Qui en décide ?). l y a des économies à faire, sur le dos des malades qui ne pourront guère s'y opposer". La dénonciation de la logique de rentabilité est omniprésente : "c'est le plus grand risque qui nous guette : l'argument économique qui sous-tend aujourd'hui toute politique de la santé" rappelle un accro du web en fauteuil. Le développement des soins palliatifs, c'est-à-dire l'accompagnement médical et surtout psychologique des malades en fin de vie, demande du personnel, du temps et de l'argent. Il n'est pas sûr que l'Etat ait envie de faire ce choix. Pour cela, une seule solution : "faire entendre notre voix" affirme Anne. "Il ne faut pas que nous nous fassions confisquer notre parole de malades, ni par les gouvernants, ni par le corps médical" conclue t-elle. Cette parole des malades a t-elle une chance d'être entendue ? Oui, et il n'est pas trop tard semblent dire les intervenants handicapés : "Il faut rappeler que, pour le moment, aucun pays européen n'a reconnu la légalité de l'euthanasie. Même aux Pays-Bas, le code pénal l'interdit. Par contre, l'euthanasie est "tolérée" dans la pratique, c'est-à-dire qu'elle n'entraîne pas de sanctions pour le médecin qui l'a pratiquée, dans le respect de certaines règles strictes. Cette nuance est, bien entendu, parfaitement hypocrite" explique une juriste. Certains s'opposent à la légalisation car "chaque cas est particulier. "Une loi "pour" entraînerait des abus (on zigouille le vieux tonton à héritage avec la bénédiction de la famille) et une loi "contre" empêcherait tout médecin, pensant en son âme et conscience qu'une personne souffre beaucoup trop et n'a aucune chance d'amélioration, de lui apporter humainement la délivrance" écrit un handinaute à la recherche d'un consensus introuvable. La ligne à ne pas franchir est celle de la liberté individuelle que toute loi semble menacer. Une autre façon de clore le débat est avancée : "je ne peux pas répondre pour les autres, et puis pensons-nous différemment des valides ?" conclue Rémy, un peu gêné. La comparaison de l'échantillon personnes handicapées et valides serait en effet passionnante : "je ne vois pas en quoi le problème des handicapés est différent de ce sujet de la plupart des autres personnes !" note un opposant à l'euthanasie. Au fil des interventions, je perçois que le débat sur l'euthanasie préoccupe beaucoup les personnes handicapées mais surtout par crainte de l'Etat et d'une autorité toute puissante qui se substituerait à la conscience de chacun. Le danger n'est pas fantasmé mais méthodiquement identifié. Je retranscrits l'intégralité d'un commentaire reçu en fin de table-ronde : "pourquoi notre société performante et libérale, axée sur la loi du profit et du plus fort, plus intelligent, etc. continuerait-elle de s'encombrer de tous ceux qui lui rappellent que le corps humain est faillible et que la médecine n'est pas toute puissante ? En cette période de restrictions budgétaires il sera facile de rappeler que ces personnes coûtent cher (argument utilisé par les nazis) et que c'est bien mieux pour tout le monde, elles et leur entourage, d'úuvrer à leur disparition". La plaie est ouverte et la question de la prise en charge de la douleur reléguée au second plan. Rares sont les défenseurs de la mort opportune. Certains précisent qu'elles y sont favorables "comme les valides" et émettent de sévères restrictions à son application : "à condition que ce soit la personne handicapée elle-même qui prenne la décision et non son entourage" et "si on exclue de son champ d'application les personnes handicapées mentales". Le rejet unanime de l'euthanasie par les intéressés sera t-il entendu ?

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