17/ Etes-vous favorables à la création d'un parti politique défendant les personnes handicapées ? OUI 34%

Si l'on veut ruiner une réunion de famille, parlons politique. Le célèbre dicton a trouvé toute sa force lors de cette table-ronde. Au début, une innocente question sur la politique et les personnes handicapées. A la fin, un véritable pugilat sur plusieurs forums de discussion. Créer un parti politique handicapiste ? Un espoir pour le tiers des internautes, une aberration pour les deux tiers. La virulence et la longueur des contributions recueillies montre que l'idée méritait d'être évoquée. A quand la naissance du nouveau RPR ... Roule Pour Réussir et de la nouvelle UDF ..Union Des Fauteuils ? Surprenant, les handinautes favorables à l'idée ne s'intéressent généralement pas à la politique ("je suis convaincue qu'un homme politique qui réussi est forcément "pourri" quelque part"). C'est pourtant chez eux que la proposition rencontre le plus d'intérêt ("car ce serait un moyen pour nous de pouvoir avoir une plus grande place dans la vie sociale du pays et ainsi pouvoir mieux faire passer nos revendications. Parmi nous se trouvent certainement plein d'hommes et de femmes désireux de se nous apporter une meilleure qualité de vie"). Pour certains handicapés, telle cette jeune femme de 30 ans en fauteuil roulant électrique vivant de son AAH et ACTP, la création d'un tel parti pourrait les réconcilier avec la vie politique : "Je pense qu'un parti qui réunirait des candidats handicapés pourrait faire prendre conscience aux "autres" (partis et citoyens) que nous existons, et cela pourrait en effet peut-être servir "d'aiguillon". Un internaute valide ajoute "Vous les handicapés français vous vous ferez toujours avoir car vous ne savez pas vous rassembler et vous fâcher". Pour certains internautes, la question du parti politique est moins importante que la façon dont se mobilisent les personnes handicapées. Certains préféreraient une sorte de défilé symbolique à Paris (une "handi-pride") attirant les médias et où chacun pourrait s'exprimer. Beaucoup se disent de toute manière qu'il faut "faire quelque chose". Certains rêvent de bloquer les entrées de Paris avec des fauteuils roulants jugeant les "discussions et les palabres inefficaces sans un outil de pression fort". L'idée suscite néanmoins un certain nombre de mises en garde : la récupération du mouvement par les valides ou par un autre parti en sont les principales. "Qui va garantir qu'il y aura des dirigeants handicapés dans ce parti ? Comme d'habitude, la base ne sera t-elle pas constituée que des pauvres handicapés baveux et idiots et la tête ne sera t-elle pas phagocytée par quelques rombières valides en mal d'action caritative...?" s'interroge un internaute. Une personne handicapée propose "de s'assurer des garde-fous en confiant la gestion à des titulaires de la carte d'invalidité et en évitant qu'une grande association style APF en prenne la direction. Que les adhérents des associations rejoignent le parti en adhérant individuellement, pas de problème". La présence des valides est récurrente dans les interventions. Un internaute enthousiaste ajoute "Les gentils valides, paternels, qui te sourient, te protègent avec leurs regards bienveillants, qui organisent tout pour toi, pour que tu sois bien... Ce sont des faux culs!". Ce parti pourrait-il être apolitique ? "Il faudrait que toutes les tendances politiques soient confondues" ajoute un autre tandis qu'un autre pense qu'il "faut se situer au centre, pas centre droit ou gauche, carrément au centre". Obtenir 2 ou 3% des voix est-il illusoire ? Les avis sont partagés. Ceux qui sont optimistes rappellent "qu'un handicapé n'est pas une voix, mais en représente beaucoup plus avec les membres de sa famille et ses amis" affirme l'un d'eux. "Un handicapé, cela représente vingt voix. Cela pourrait faire un parti très fort". "Si les handicapés se mêlent de la vie politique, la chose publique en latin, ils ne seront pas plus mauvais que les Verts, par exemple.. Et ils représenteraient beaucoup plus de force, car les futurs handicapés seraient aussi attirés". D'autres restent sceptique : "2 ou 3%, c'est impossible. J'aimerai déjà que 2 ou 3% des gens arrêtent de nous regarder comme des bêtes curieuses. C'est malheureux à dire, mais le contexte d'indifférence ne changera jamais. Les seules personnes qui "nous comprennent" et nous "respectent" sont celles qui connaissent des handicapés. Pour les autres, ils disent "oh, pauvre garçon" lorsqu'ils voient un reportage à la télé et le lendemain, ils se garent sur les places réservées". De façon globale, les messages des défenseurs de l'idée sont marqués par un sentiment d'urgence : "Grâce à la carte génétique, les scientifiques vont déjà se débarrasser des handicapés génétiques avant qu'ils ne naissent .. pour leur bien évidemment!". Pour beaucoup, l'exemple des Chasseurs prouve que le ridicule ne tue plus : "si des gens se regroupent au nom de leur instinct sanguinaire, des personnes handicapées ne devraient pas se gêner" explique un internaute."L'impact d'un parti handicapé serait passionnant à observer" poursuit ce même connecté. Certes, il serait préférable d'infiltrer les partis politiques traditionnels mais l'idée de regrouper des candidats handicapés avec une nouvelle façon d'envisager les choses pourrait attirer bien des valides. Le programme d'une telle fédération ne se limiterait pas a la seule question de l'intégration mais pourrait s'intéresser à l'ensemble des questions politiques, économiques, sociales, vues sous un nouveau jour. Certains internautes saluent l'idée au nom de l'humour ("Vous voulez dire parti d'handicapés physiques je suppose ? Parce que les handicapés mentaux font déjà des scores monstrueux ! Ils ont de loin une majorité écrasante", "Un désavantage quand même, les handicapés courant moins vite, ils seront plus facilement rattrapés par la justice") ... Le désespoir est au cúur de certains mails ("De toute façon, il n'y a qu'un moyen de remuer les responsables politiques, c'est de les menacer de leur prendre leurs places", "Puisqu'il n'y a pas d'autre façon de faire valoir notre droit de vivre dans une société qui nous oublie trop facilement"). Certains internautes proposent de passer à l'acte, de présenter une liste aux Européennes, de créer un drapeau, de potasser la législation sur le financement pour éviter les tentatives de déstabilisation. Pour résumer, c'est par dépit et pour exprimer leur volonté d'exister que les internautes handicapés soutiennent l'idée : "Si nous étions encore en République, je désapprouverais ce morcellement et le lancement d'un vote catégoriel, mais au point où nous en sommes...". Au-delà du rêve, il y a la vie et la réalité. Pour la majorité des handinautes, créer un parti reste une idée "idiote", "déplacée", "ironique", "grave", "stupide", une "erreur". "Deux IMC baveux et une myopathe sourde aveugle et muette ne sont pas des outils de pression assez efficaces" lance l'un d'entre eux. "On ne gère pas un pays en mettant des places de parking pour handicapés partout" explique un autre. En réalité, les personnes les plus opposées à l'idée de créer un parti sont essentiellement des personnes valides, techniciens du handicap ou handicapés intégrés dans la société. Un parti serait pour eux le symbole d'une régression, de retour au ghetto. C'est au nom des grands principes de citoyenneté et d'intérêt général que les opposants se réunissent. Les personnes handicapées ne sont pas une entité à part, elles sont comme tout le monde. Un valide explique "qu'une association puissante peut être très efficace pour faire aboutir les revendications des handicapés". Un autre non-handicapé trouve l'idée "absurde" : "mieux vaudrait des commissions handicap au sein des partis politiques". Un handicapé "à 80%" milite pour une "fédération des associations". Certains comprennent que "des catégories en aient marre que la politique ne prenne jamais en compte leurs intérêts" mais se montrent hostiles à la défense d'intérêts catégoriels. Militer dans une association communautaire permet de lutter pour la dignité des conditions de vie, comme le firent en leur temps les premiers syndicalistes, beaucoup en ressentent la nécessité. Cependant l'engagement politique est synonyme d'intérêt général. Créer un parti de personnes handicapées semble aussi saugrenu qu'un parti de femmes ou de commissaires-priseurs. Un non-handicapé explique sa réticence devant un parti où les personnes se définiraient par certaines caractéristiques physiques. L'idée de "quota" (de femmes ou de handicapés) apparaît pour cet internaute une régression. Ne serait-ce pas remplacer la valeur personnelle des membres d'une assemblée par des notions statutaires ? "C'est là une mauvaise façon de s'insérer dans un groupe social". Un non-handicapé, visiblement énervé par la question, propose de porter une étoile jaune avec NH dessus (Non Handicapé). Cet internaute s'affirme convaincu que le handicap est un problème technique et non politique. Un aveugle, conseiller municipal PS d'une ville du Sud-Est, se dit "farouchement opposé à la création d'un tel parti" au nom de l'intégration. Un internaute handicapé avoue préférer avoir "des députés honnêtes plutôt qu'handicapés". Un non-handicapé s'interroge sur la possibilité pour un tel parti d'avoir un programme sur l'Euro, l'immigration, le chômage, la politique budgétaire, la justice... Faire un "coup de communication" en créant un tel parti ne risque t-il de se retourner contre la cause qu'il prétend défendre? "Au mieux, vous passerez à la télé comme des "insolites", aux côtés des chasseurs, pêcheurs et autres petits partis folkloriques". Alors faut-il différencier les personnes handicapées des autres ? "La politique ne risque t-elle pas de gâcher la bonne entente qu'il y a entre nous handicapés ?" s'interroge un autre. "Tout parti politique même s'il se définit apolitique (bonjour la contradiction) doit obligatoirement finir par s'allier avec une tendance (encore plus au niveau européen) pour avoir un quelconque poids. L'exemple des Verts alliés au PS n'est-il pas assez éloquent?" Au-delà de la question du parti, le fond de la question est d'imaginer des solutions permettant aux handicapés de trouver la place qui leur revient et de diminuer la sensation d'isolement social. Le lobbying des associations et des syndicats serait-il plus efficace ? Comment sensibiliser les partis politiques sur les problèmes spécifiques des handicapés ? La création d'un parti a des allures "d'apartheid" pour certains car se profile la création de magasins et de restaurants spécialement réservés aux handicapés ? "Vous sentez-vous si diffèrent de l'Homo Erectus "Valide"?" s'insurge un handicapé. Un non-handicapé, membre d'une COTOREP trouve l'idée "très mauvaise" : "il n'existe pas d'Handicapé, avec un grand H mais des êtres humains souffrant d'un ou plusieurs handicaps. Il existe suffisamment d'associations qui sont spécialisées dans leur action et quelquefois se marchent sur les pieds, pour se poser la question de la pertinence d'un parti des handicapés. Comment ferait-on pour les handicapés mentaux, par exemple, nous irions tout droit à une prise en main de ce parti par des handicapés tel aveugles, sourds ou sidéens au détriment d'autres dont certaines fonctions supérieures sont altérées". En marge du déluge d'invectives, certaines propositions ont émergées : un internaute breton propose de "sortir les langages, codages et outils liés a certains handicaps sensoriels ou moteurs de leur ghetto assistifs. Proposer qu'on enseigne la langue des signes me parait beaucoup plus utile que le breton. Il faudrait la rendre obligatoire, comme d'ailleurs le Français, l'Anglais international et autres langues et codes de communication (braille, alphabet Alpha-Zulu, mathématique, solfège..) n'est pas du tout absurde". Mais qui fera avancer cette idée, les partis traditionnels ou un parti handicapé ?

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