19/ Les progrès de l'informatique annoncent-ils la fin du handicap ? OUI 25%.

Les handicapés "accros" du net croient-ils que l'informatique a le pouvoir de rétablir une certaine égalité avec les valides ? Interroger des fanas du clavier me semblait d'une consternante évidence. Evidemment, tous sont convaincus que l'informatique est un outil qui ouvre de nouvelles possibilités (professionnelles essentiellement mais aussi les loisirs, les achats, les voyages) mais presque tous en perçoivent aussi les limites. Alexandra a beau être convaincue "que tout devient possible en quelques clics", elle sait "qu'il restera les gestes de la survie quotidienne où l'aide humaine restera indispensable". Patrice est optimiste. Pour lui "l'informatique n'est que la partie visible d'un immense mouvement scientifique, technologique et médical qui cherche des solutions aux handicaps: électronique, cybernétique, ergonomie cognitive, sciences cognitives en général, biotechnologies, médecine de rééducation, neurosciences, etc. L'informatique permet des progrès dans ces champs : elle améliore le traitement des données recueillies par les chercheurs et donne une possibilité de modélisation des concepts de sciences cognitives : on peut ainsi faire faire à un ordinateur une tâche en regardant le cerveau humain. L'informatique accélère les neurosciences et la génétique. C'est peut-être plus cela que l'informatique toute seule, qui annonce une accélération des progrès dans la recherche sur les handicaps". Cet enthousiasme confiant ne fait pas l'unanimité. Pour les trois quart des internautes, la réduction du handicap est en jeu à condition que la société veuille bien s'adapter en conséquence. En effet, une chose est l'outil et une autre savoir et pouvoir s'en servir, acquérir le matériel, les logiciels. Au niveau individuel, il faut dégager une enveloppe financière pour s'équiper. Au niveau d'un établissement, il faut convaincre que l'on peut y arriver. Gérald raconte comment durant son CES on l'a laissé bêtement devant une machine à écrire pour remplir des tableaux pré-imprimés. L'informatique sert de révélateur à des manques financiers mais surtout pédagogiques. J'ai eu l'impression que les réponses variaient d'un handicap à l'autre. Les aveugles, au début enthousiastes pour internet, s'inquiètent de plus en plus du développement des pictogrammes. Les sourds apprécient internet mais ils savent qu'ils auront toujours du mal à lire et écrire correctement une phrase. Réduire le handicap au handicap physique conduit à sur-évaluer l'impact de l'informatique. A part quelques exceptions, les personnes handicapées le resteront et d'abord celles qui sont réfractaires à l'informatique. Pas de doute : l'informatique soulage le corps mais ne guérit pas l'essentiel : les relations humaines . Les prothèses électroniques pour les yeux, les jambes, les bras ne peuvent combler la solitude. Une internaute reconnait "qu'Internet est une fenêtre extraordinaire ouverte sur le monde...mais, comme dirait l'autre, parler au monde entier, c'est ne parler en réalité avec personne. Un écran ne remplacera jamais un contact direct avec autrui. Un écran, comme son nom l'indique, c'est aussi un masque, un obstacle. Si le télétravail peut permettre de trouver du boulot, c'est bien, mais est-ce une véritable insertion professionnelle pour eux s'ils ne se frottent pas aux relations avec d'autres collègues, avec une équipe, une hiérarchie, la direction, les clients, etc. ?". L'informatique risque t-elle de devenir un outil de mise à l'écart des personnes handicapées ? C'est un risque à ne pas négliger. Cette "simplification des démarches" ne doit pas faire illusion selon les internautes handicapés car le handicap résulte avant tout d'un phénomène social. "Croire au miracle informatique reviendrait à croire les prophéties de Paco Rabanne" s'énerve un intervenant. Pascal se demande "si son ordinateur le socialise où le colle dans une fuite de la réalité" ? La vraie question ne serait-elle pas plutôt "l'informatique est-elle un moyen de s'admettre soi-même, l'électron libre me donne t-il le respect de mon humanité?". Laurent s'inquiète du temps passé devant l'écran qui diminue le temps libre pour s'intégrer et Emmanuel du déficit d'information pour ceux qui ne pourront jamais se servir de ces outils (comme les handicapés mentaux). Concluons pour le moment que l'informatique peut supprimer des contraintes mais ne dit absolument rien du rapport au monde de la personne handicapée.

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