2/ La langue
de signes a t-elle un avenir ? OUI 83%
Le monde des sourds
est peu connu. Contrairement à ce que beaucoup croient, la LSF n'est pas une
suite de signes qui se juxtaposent mais une expression orale issue d'une longue
évolution. La grande majorité des Sourds français, comme leurs voisins
d'Europe, n'ont pas la possibilité d'apprendre, d'analyser et de comparer leur
langue. Alors, qui apprend la langue des signes ? Les parents, les
professionnels de la surdité mais rarement les enfants sourds. Plonger dans les
débats qui animent la "nation sourde" (sic) était un préalable
incontournable. Certains sourds, comme elle, préconisent l'abandon de la
lecture labiale en réaction à l'interdiction de la LSF. Pour d'autres, moins
radicaux, la défense de la LSF doit s'accompagner de tous les moyens techniques
et pédagogiques de communication (LPC, lecture labiale, verbo tonale, AKA,
etc.). Symbole de cette non-reconnaissance de la LSF Emmanuelle Laborit reste
aujourd'hui une militante de la reconnaissance à part entière de la LSF et de
l'héritage de l'Abbé Charles Michel de L'Epée. Si la langue des signes est la
conséquence d'une histoire douloureuse, peut-elle être autre chose qu'un
langage des catacombes ? Isabelle, qui apprend la langue des signes, en doute :
"l'histoire de ce qu'ils appellent la communauté sourde, est gravée en
lettres de sang. Les personnes sourdes ne veulent pas pour la plupart être
appareillées, ce qui pourtant leur rendrait un peu d'audition, ce sont les
"sourds intégristes", sourds et fiers de l'être". Ces
"sourds intégristes" sont-ils des pionniers d'une langue d'avenir ou
de pathétiques exclus ? De fait, la langue des signes est apparue à une époque
particulière où la médecine ne se penchait pas sur la question. Ce contexte
disparaissant peu à peu, la langue des signes aura de moins en moins de raison
d'être. "Si on la considère comme langue unique aux sourds, elle est
morte" prophétise Philippe. Pour huit internautes sur dix, il est
absurde d'enterrer une langue en cours de reconnaissance officielle. Les débats
parlementaires sont "signés" chaque semaine à la télévision, la
langue des signes est une option au baccalauréat. Evidemment, de gros efforts
restent à faire au sein des administrations (les tribunaux ne disposent pas
d'interprètes). Même si elle n'est pas une langue morte, la langue des signes
reste une langue "rare". Les internautes handicapés militent pour
qu'on la fasse connaître, qu'on l'enseigne et la diffuse au même titre qu'une
langue régionale sans territoire. Cette volonté politique doit être celle des
élus mais aussi celle des sourds. Alors, que conclure : faut-il évoquer avec
prudence ou audace la langue des signes ? Aujourd'hui, le monde théâtral s'est
emparé de ce nouveau langage. De plus en plus de metteurs en scène s'en servent
dans leurs pièces, sans que celles-ci aient forcément trait au monde des sourds
(ils ont compris l'intérêt esthétique et universel de cette gestuelle). Pour
éviter la spirale de l'exclusion, il est essentiel que la langue des signes
soit enseignée pour les métiers du BTP, de la sonorisation, la marine, et pour
la culture générale comme le latin ou pour la vie de tous les jours comme
l'Anglais et la comptabilité. Pourquoi, en effet, ne pas l'apprendre en sixième
comme l'Anglais ou l'Espagnol ?