5/ A t-on le droit de raconter des blagues se moquant des personnes handicapées ? OUI 75%

Trois internautes handicapés sur quatre revendiquent la supériorité souveraine de l'humour qui dédramatise leur situation. Admettre une différence, c'est d'abord pour eux en rire. Accepter uniquement un discours péjoratif est même dangereux : "le rire est le meilleur moyen de dé stresser bien des questions angoissantes. Le rire permet de chasser le malaise. Les personnes handicapées ont leur place parmi les guignols de la vie, à condition bien sûr qu'elles ne soient pas les seules et encore moins les boucs émissaires" résume l'un d'eux. Des blagues sur les handicapés ? Il n'y en a pas assez ! revendique un internaute qui fait de l'humour le premier baromètre de l'intégration à une société ("Il existe des blagues sur tous les types de minorités (les vieux, les arabes, les belges) mais hormis le célèbre "Pas de bras, pas de chocolat" je ne connais guère d'autres blagues sur les handicapés"). Beaucoup regrettent un manque de créativité des handicapés eux-mêmes : "de même que la mort et le cocufiage sont les sujets de maintes histoires drôles le handicap doit cesser d'être tabou et d'abord entre handicapés". L'unanimité des internautes handicapés montre que le poids de la malédiction qui pesait sur leur destin s'effrite : "Il faut savoir rire de tous et ne pas se prendre trop aux sérieux, le monde est assez ennuyeux comme çà !" s'écrie une jeune femme handicapée. Anne, paraplégique atteinte d'une sclérose en plaques, rapporte "qu'une chose qui peut choquer une personne peut en faire beaucoup rire une autre. De ce fait, mettre des limites à la dérision est impossible. D'expérience, pour avoir passé quelques temps dans un centre de rééducation motrice, je peux vous dire que les handicapés sont les premiers à raconter des blagues sur le handicap et que ce sont souvent celles qui les font le plus rire". Bien sûr, l'humour est difficile à manier : le mauvais goût, la méchanceté et les circonstances peuvent le faire dégénérer. Ces risques de dérapages ouvrent la porte à une violence qui n'aurait rien d'innocent. Le souvenir de l'affaire Timsit est dans tous les esprits. "Les parents qui ont fait le choix d'élever leur enfant, malgré sa trisomie, le savent, et c'est particulièrement douloureux de voir un "comique", et derrière lui tout un public, ignorant de cette situation, se gausser de leur différence. Ici, le rire n'intègre pas, il cristallise le rejet, voire l'anéantissement, d'une partie de la population". Résolument opposée, une autre internaute explique que sous couvert de dédramatisation, il ne faudrait pas se dispenser de réfléchir à la façon dont les personnes concernées reçoivent les plaisanteries. L'humour peut devenir un "instrument efficace d'humiliation de personne en situation d'infériorité". Rire est-il un sujet trop grave ? On peut rire de tout mais pas avec n'importe qui disait Pierre Desproges. Certains handicapés modulent ainsi leur réponse en fonction des circonstances : "j'aime faire des blagues pour décoincer mes interlocuteurs mais je n'accepte de les entendre que de personnes investies dans la sphère du handicap, et qui ont, à mes yeux, davantage le droit ou la légitimité d'en rire". Tant que la mentalité de la population n'a pas atteint un niveau de compréhension et d'acceptation raisonnable, il est dangereux se moquer d'autrui dans des blagues. Cette prudence n'est pas du goût de tous les handicapés. L'un d'eux explose : "lâchez-nous avec les pauvres handicapés que l'on doit protéger comme des immatures. Heureusement que l'on peut encore se moquer du genre humain même handicapé".

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