6/ Avez-vous
le sentiment que pendant des siècles les handicapés ont été opprimés par les
non-handicapés ? OUI 74%
Les internautes
handicapés ne sont pas des historiens mais ils "savent" de façon
claire et lucide d'où ils viennent, à quel tragique destin on les a associés
pendant longtemps. Une mémoire collective existe, ou du moins elle est en train
de se créer. Arnaud raconte avec humour comment dans ses vies antérieures
"il a été opprimé en mangeant du foin avec les poules et les cochons"...
Un handinaute sourd raconte comment on attachait les mains des jeunes sourds
pour leur interdire de s'exprimer en langue des signes. Stéphane sait qu'il n'y
a pas longtemps "on cachait le handicap car c'était un tabou".
Sans revenir à l'Antiquité, où les handicapés étaient "exposés" à la
naissance, Sabine se demande "qui étaient vraiment ces "idiots du
village"? Tout simplement des déficients intellectuels ou des trisomiques
qu'on rejetait la plupart du temps". Chacun porte une image, un vague
sentiment, une angoisse venue d'on ne sait où. Nicole, enseignante, a accepté
de reconstruire cette épopée peu connue. Voici son intervention, sans
commentaire. "Puisque les valides ont eu, depuis l'Antiquité, un droit
de vie et de mort sur les enfants "malformés" (cf. Henri-Jacques
Stiker "Corps infirmes et Sociétés"); que les handicapés étaient
l'objet de la risée des braves gens du peuple et de leurs méchancetés, à commencer
par les enfants qui pouvaient les persécuter sans que les "braves
gens" trouvent trop à redire. Et puis, plus près de nous, il y a eu le
nazisme et ces parents allemands qui ont accepté de bon cúur l'élimination de
leur enfant handicapé pour ne pas gêner l'effort de guerre (cf. S. Tomkiewicz).
Puis leur extermination programmée... L'exclusion a toujours été "la
solution", à Paris, paradoxalement, elle s'organisait au cúur de la cité
(la cour des miracles... ). Il faudrait également relire Michel Foucault : Le
grand renfermement - quand la société industrielle, à ses débuts, a jugé
nécessaire, pour favoriser l'expansion économique, d'enfermer les éléments de
désordre que représentaient les infirmes (les "handicapés n'existaient pas
encore), les fous, les pauvres, les vagabonds, les orphelins..... Bien sûr,
cette oppression était un peu tempérée par la religion qui demandait
"d'être bons" avec les déshérités. C'était, pour beaucoup, l'occasion
de s'acheter quelques actions pour l'au-delà bien que l'on ne puisse nier qu'il
y ait eu des personnes véritablement attentionnées envers les plus démunis.
Mais l'Eglise, aucune religion (à ma connaissance) ne fait une réelle place aux
personnes handicapées (à quand un prêtre handicapé officiant ?). Le maître mot reste
la "charité", ce qui demeure une humiliation et une atteinte à la
dignité de la personne humaine". Pour un quart d'handinautes, le mot
"oppression" est trop fort. Il vaudrait mieux parler de
discrimination. La nuance est subtile mais traduit une intéressante évolution
de la communauté handicapée. Les valides ont moins cherché à détruire le
handicap qu'à créer une distance. Il n'y a pas de complot mais une situation
complexe d'injustice et d'indifférence.