7/ La
réalisation d'une statue commémorant le génocide des handicapés par les nazis
est-elle une bonne idée ? OUI 72%
La solitude,
l'individualisme, la diversité des situations rend la construction d'une
mémoire collective difficile. Pourtant, à peine évoquée, une vague en faveur
d'une commémoration du génocide des 200 000 handicapés exterminés par les nazis
s'est dégagée. Les trois quarts jugent en effet l'idée "très bonne"
ou "plutôt bonne". "Parce que l'on inaugure bien des plaques
commémorant le génocide des tziganes, des homosexuels ou des Témoins de
Jéhovah, on ne voit pas pourquoi les handicapés manqueraient à l'appel".
On sait aujourd'hui que des dizaines de milliers de handicapés mentaux ont été
stérilisés, voire purement et simplement "euthanaziés" par les
disciples d'Hitler. "Pourquoi ne mériteraient-ils pas qu'on leur rende
hommage ?" s'écrie une jeune femme en fauteuil roulant. "A une
époque où les tentations d'eugénisme ne manquent pas dans notre société dite
"moderne" et dénazifiée, n'est-il pas urgent de faire acte de mémoire
?" interpelle une autre internaute myopathe. Les stérilisations en
Suède après la guerre, le tabou sur la sexualité des malades mentaux en France,
le dépistage de la trisomie et des maladies génétiques ont éveillé une prise de
conscience... Anne-Sophie explique : "Le handicap n'est pas une
"race", pas plus que ne l'est le judaïsme, mais les nazis ont tenté
de le faire croire, et c'est au nom de ces théories raciales qu'ils ont
pratiqué l'extermination des juifs comme des handicapés. Certes, le nombre de
morts n'est pas le même, mais la souffrance est bien identique. La mémoire n'a
pas de frontière". Les deux tiers des internautes handicapés pensent
qu'il est temps d'imaginer "un outil contre l'oubli",
concevoir une nouvelle forme d'éducation afin de pouvoir dire "plus
jamais" d'extermination des handicapés. L'enjeu est de taille car la
mémoire est un outil de construction de notre avenir. "Oui, ce monument
doit être une gloire à la différence, à notre droit à la différence"
suggère un internaute. Les opposants à l'idée d'un tel monument sont peu
nombreux. Seule une poignée juge que c'est là une très mauvaise idée trouvant
même cela de mauvais goût : "S'il faut édifier une statue, édifions la
plutôt aux handicapé(e)s anonymes, tombés dans l'oubli faute de n'avoir été
célèbres comme Pétrucciani". Mis à part les rares messages critiques,
l'édification d'une statue enthousiasme la communauté handicapée "à
condition toutefois de ne pas faire oublier que le génocide continue avec
l'eugénisme à peine masqué". Quelques internautes formulent quelques
réserves : "une telle statue ne risque t-elle pas de susciter des
regards négatifs sur "nous"? D'autres préféreraient plutôt "une
exposition, un reportage, une réflexion collective". Les messages sont
unanimes sur la nécessité de commémorer une extermination systématiquement
oubliée.