8/ Pensez-vous
qu'avec les techniques de sélection des embryons les risques d'eugénisme et de
"chasse aux handicapés" soient réels ? OUI 66%.
L'eugénisme n'est
pas le fruit d'une paranoïa mais un véritable danger pour la communauté
handicapée. Il ne fait aucun doute pour les internautes que la menace existe,
que les nouvelles technologies génèrent un véritable tri aux conséquences
insoutenables. Les deux tiers des myopathes, sourds, aveugles partagent la même
crainte et la même indignation. La normalité, la différence, le mimétisme
questionnent, certes, l'humanité depuis toujours mais la technique de sélection
des embryons permet de "choisir" qui a droit de vivre ou non... sur
des critères totalement arbitraires. Une jeune femme handicapée explique :
"On n'a pas vaincu les myopathies mais tué tout plein de bébés
myopathes : une drôle de façon de crier victoire !!! Maintenant, pour un rien,
l'avortement thérapeutique est conseillé. Bientôt, on refusera toute aide aux
parents d'enfants handicapés en prétextant qu'ils n'avaient qu'à avorter ! Je
suis une handicapée de naissance, née juste avant la technique de
l'échographie. Et bien tant mieux : j'aurais détesté imaginer ma mère faisant
un tel choix. A ma naissance, j'étais étrangement immobile. Maintenant, j'ai 26
ans, de beaux diplômes, une voiture, un appart, un charmant petit-ami et
bientôt un chouette boulot. Qui songerait à m'éliminer aujourd'hui ?".
Un internaute sourd s'interroge sur cette angoisse de la normalité : "nous
n'aspirons pas à redevenir des personnes normales (qui l'est donc ?) mais à
préserver notre culture et notre langue ; or, depuis 10 ans les médecins
spécialistes disent aux parents d'enfants sourds que l'implant va permettre à
leur progéniture d'entendre normalement. Alors que tout cela est faux (sauf
pour certains qui vont réentendre des bruits)". L'eugénisme n'est donc
que la manifestation d'une peur des différences, même mineures. "Malheureusement,
il est implicite, même dans la presse quotidienne ou scientifique, les médias.
Dans le langage commun, on préfère parler de "dépistage", de
"prévention" mais non de "suppression" des embryons
porteurs de ces maladies" explique un journaliste. Une internaute
myopathe rappelle que "les principales victimes sont actuellement les
trisomiques. La prochaine loi de bioéthique, qui sera discutée au Parlement,
prévoit d'autoriser le tri sélectif des embryons, avant qu'ils ne soient
implantés chez la femme qui souhaite avoir un enfant, alors qu'il existe déjà
un cas de maladie génétique connu, chez un membre de sa famille. Parmi les
maladies concernées : la mucoviscidose et la myopathie, l'amyotrophie spinale,
etc". Cette institutionnalisation de l'eugénisme peut-elle être
freinée ? "L'homme veut à tout prix contrôler la différence"
rappelle un myopathe. "Rien ne semble pouvoir désormais stopper ce
processus. Nous, handicapés, sommes en première ligne" s'indigne une
internaute en fauteuil. "Pratiquer l'eugénisme est une nouvelle façon
de signifier que notre vie ne compte pas, pour la société. Une fois de plus, la
société a trouvé un moyen silencieux et indolore pour ne pas assumer notre
maladie et/ou notre handicap. Pourquoi se fatiguerait-elle à prévoir des
aménagements nouveaux ou des infrastructures d'accueil ou de vie nouvelle, si à
terme, nous sommes en voie de disparition ?" s'écrie une jeune femme
immobile sur son fauteuil depuis 20 ans. "Mais où va t-on ? surenchérit
un handicapé vivant en centre, les myopathes et les nains devront-ils faire des
tests pour avoir des enfants ?" Les précautions prises en France pour
contrôler les manipulations génétiques au nom de l'éthique semblent fragiles.
"On doit s'attendre à une sélection en fonction du risque d'avoir un
enfant handicapé" commente laconiquement un tétraplégique. Rares sont
les internautes à trouver l'eugénisme "moral", certains évoquent tout
au plus un cas par cas, une réponse incertaine car complexe. Parler de
"chasse" semble "simplet" pour certains car "il y
aura toujours des handicapés qu'on le veuille ou non" (par erreur
médicale, accident à l'accouchement, MST, traumatisme). Et puis, "à
quoi bon parler de risque eugénique dés lors qu'il existe déjà (aux USA) ?"