Briser le tabou

Claude, 34 ans, Bourgogne, handicapé moteur : Merci de poser la question. On a l'impression que les personnes handicapées ne sont pas comme les autres. On a un corps, on a envie d'être aimé et d'aimer. Mais on est pas désirable à cause de notre apparence physique. Je regrette qu'on ne voit jamais dans les pubs, dans les films, des couples dont l'un est handicapé. Cela décoincerait les relations.

Sylviane, 23 ans, Indre, handicapée : Lorsque je lis les petites annonces de l'APF, je trouve cela terrible de voir des handicapés rechercher un conjoint ou un partenaire handicapé en décrivant son handicap... on est pas forcé de se marier entre nous. Je trouve que l'on devrait parler des mannequins handicapées, du plaisir sexuel éprouvé avec une femme ou un homme handicapé. On navigue dans le tabou. Pourquoi ce serait moins bien avec un ou une handicapée ?

Samir, 35 ans, Paris, non-voyant : Il faudrait détailler les handicaps. Faire l'amour avec une aveugle, cela n'est pas pareil qu'avec un IMC ou un homme en chaise roulante.

Claude : cela va devenir scabreux...

Samir : non, il ne faut pas avoir peur de dire les choses. Je ne dis pas de faire du porno mais expliquer que faire l'amour, c'est beau et que le handicap ne change pas le bonheur d'être amoureux.

Eric, 24ans, Belgique, handicapé : Pour ma part, j'ai fais mon deuil de ma marier et de vivre une histoire d'amour. J'ai de nombreuses ami(e)s et cela ne va plus loin. Pour le côté sexuel, je vais régulièrement voir une prostituée. Ce n'est sans doute pas la solution idéale pour chacun de nous mais pour ma part je fais très bien avec ça malgré que je préfèrerais vivre une vraie histoire d'amour.

Laurent,30 ans, atteint de l'ataxie de Freidreich. Il est évident qu'un handicapé a besoin d'amour et de faire l'amour autant qu'un valide. Il est difficile d'avoir un contacte physique avec une autre personne. J'ai une amie que j'aime très fort et qui m'aide, un jour elle m'a réparé la roue de mon fauteuil, je me suis donc assis sur une chaise (normale). Quand elle a fini, elle c'est assis sur mon fauteuil électrique et s'est rapprochée de moi. C'est à ce moment là que j'ai compris que c'est la ferraille du fauteuil qui "en quelque sorte" rend plus difficile l'approche d'un handicapé... Je pense que le fait que les handicapés vont voir des prostitué(e)s n'est pas la meilleure façon de s'intégrer. Il vaut mieux qu'ils communiquent leurs besoins à une autre personne, même à une psy, plutôt que de partir d'un esprit de facilité en se disant, "je la paie pour ça , donc je la baise". Quel sont vos avis?

Samir : la psy, tu la paies aussi... mais c'est vrai que pour le côté ferraille, il y a du progrès à faire. Il paraît qu'aux USA, il y a des catalogues de fauteuils modernes et des mannequins handicapées. Cela peut réduire la distance entre les valides et les handicapés.

Sabine, 28 ans, non-voyante. Quand j'ai perdu la vue j'avais 19 ans. En ce temps là je vivais avec quelqu'un et sur le moment j'ai pensé qu'il allait me quitter, et bien non, tout au contraire il s'est occupé de moi. Mais le jour ou j'ai pris mon autonomie 5 ans plus tard il m'a quitté, peut-être parce qu'il ne se sentait plus utile, je ne sais pas. Je pensais que personne ne voudrait de moi, et bien encore non, j'ai eu quelques aventures et un jour je suis tombé sur quelqu'un que j'aime et on se complète bien. Je ne pense pas que parce qu'on est handicapé on doit sortir avec un handicapé, tout comme un noir doit sortir avec une personne de couleur, etc. L'amour cela ne se commande pas, çà vient quand cela doit venir, pour ceux qui vont voir des prostituées, je ne vois pas pourquoi il ne devrait pas y aller s'il en ressentent le besoin, chacun vit son handicap à sa manière, il ne faut pas se formaliser. La progression , on la fait tous les jours du moment que l'on est prêt a discuter de nos soucis et de ce qui nous embarrasse.

Samir : il ne faut pas tout mélanger, le premier homme avait-il de l'amour pour Sabine ou de la pitié ? S'il n'a pas supporté l'autonomie, c'est qu'il ne l'aimait pas. C'est vrai que chacun vit son handicap à sa manière, mais aller voir une prostituée, ce n'est pas de l'amour mais de la pulsion. Je me formalise de ce que dit Sabine parce qu'un handicapé a d'autres besoins que la pulsion. Entre pitié et pulsion, n'y a-t-il rien ?

Christian, 33 ans I.M.C. Je suis homosexuel et je le vis assez mal à cause de mon handicap, car le milieu gay est très particulier. Il faut être un top-modèle pour pouvoir séduire. Handicapés ou valides, homosexuels ou hétérosexuels, nous avons tous droit au plaisir sexuel. Il m'est arrivé souvent de vouloir payer pour pouvoir avoir une relation avec un homme, mais je ne l'ai jamais fait parce que j'en ai honte.

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