La responsabilité de la société
Le Webmaster : n'est-ce pas toute la société qui a basé la sexualité sur le cliché du top-modèle ? Concrètement, que peuvent proposer les assos de personnes handicapées ?
Jean-Louis : Débattre de la sexualité, c'est un début louable, mais quand on nie son corps, on se contente parfois de débattre, de penser, de construire des théories et de se réfugier dans un monde imaginaire de plus en plus élaboré qui nous éloigne toujours un peu plus de la réalité vécue.
Philippe 40 ans: Je ne suis pas handicapé. mais je suis tombé fou amoureux d'une femme handicapée ( en fauteuil roulant) et elle me comble totalement y compris bien-entendu du point de vue sexuel.
Olivier, 31 ans, handicap moteur : Nous sommes dans l'ère de la communication, et il faudrait donc essayé de faire évoluer les mentalités en parlant plus ouvertement du problème, en diffusant des reportages ou en incitant des réalisateurs de films à traiter du problème... Ca casserait les a priori des uns et des autres, et ça favoriserait plus les relations. Côté personnes handicapées, on ressent une espèce de honte, on se culpabilise même de penser à l'amour et au sexe, comme si certaines choses nous étaient interdites (c'est comme ça que je le ressent). Côté personnes valides, elles se disent que le fait d'aimer une personne handicapée n'est pas dans la "norme" (comme un peu l'homosexualité) et la peur du "qu'en dira t'on" joue un rôle important. Dites-moi ce que vous en pensez...
Webmaster : Il est urgent de "banaliser" les couples "mixtes" et "montrer" via le cinéma que le bonheur n'est pas le monopole des valides. Le film le "Huitième jour" a ouvert la voie.
Jérôme, 27 ans (Seine-Maritime) : Tout d'abord, je voudrais féliciter France-Handicap pour avoir créé ce forum. Ce que j'espère, c'est que les gens du gouvernement et les professionnels qui entourent les handicapés dans leur éducation nous "écoutent". La sexualité des "handicapés", je dirais que c'est à la fois un sujet tabou pour la société et j'irais même jusqu'a dire qu'elle nous stérilise moralement. C'est un défi pour les personnes handicapées. Si j'ai été aussi bref et aussi dur dans mes dernier propos, c'est parce que je pense que la sexualité des handicapés n'est pas entièrement gâchée par le physique, je pense que divers paramètres viennent amplifier le problème.
1°) La société : Comparons le cas d'une personne valide et d'une personne handicapée qui veut faire pour la première fois l'amour. Un valide va pouvoir préparer son acte et son intimité : à l'hôtel, en camping, dans une voiture, pourquoi pas dans la rue Un handicapé (lourd), ou va-t-il ? D'autre part, pour celui qui le désire, a-t-il les moyens d'aller voir une prostituée ? Une prostituée, ça coûte au moins 500,OO Frs. Pouvons nous imaginer qu'une personne gagnant 3 800,00 Frs par mois, puisse se soulager correctement ? Attention, j'ai voulu démontrer un dilemme mais je ne suis pas du genre à aller voir les prostituées ! S'il n'y avait que le passage à l'acte, le problème resterait surmontable. Mais bien qu'il existe des moyens de contraception, s'il y a un "accident", comment financièrement et physiquement un couple handicapé fera-t-il pour assumer l'éducation de l'enfant ? Pour la sexualité des handicapés, la société, et surtout le gouvernement, ne fait rien pour nous faciliter la tâche. De plus, on se demande qu'elle éducation donne l'Education Nationale! Lorsqu'on stérilise des handicapés mentaux, chose déguelasse, on fait tout un ram-dam mais nos conditions de vie, professionnelles, financières, on s'en fou !!!!
2°) Les établissements et les associations spécialisées : Il est vrai qu'ils nous donnent l'espoir. Mais il y a du progrès à faire sur notre éducation sexuelle. Ce que je leur reproche, c'est de ne pas nous donner plus d'intimité, de responsabilité et de ne pas nous donner en toute confidentialité l'accès à des personnes spécialisées (Psychiatres, sexologues). Je pense que les structures (dortoirs, foyers de vie) devraient être réaménagés afin que les personnes handicapées puissent avoir à un certain âge une plus grande intimité. Quand on voit des filles et des garçons vivre à six dans une chambre et avoir le droit à deux sorties exceptionnelles par an, je trouve que cela "casse". Si on observe bien, ils ont pourtant l'âge d'être étudiants à l'université. Le niveau scolaire n'est pas le même mais au niveau de la sexualité, ils sont normaux. Il devrait y avoir une atmosphère qui leur permettent de s'épanouir sexuellement. A l'époque ou j'étais en internat, il n'y avait même pas un distributeur de préservatifs dans le L.E.P !
3°) Un défi pour les personnes handicapées : l'aspect physique n'est pas le vrai problème pour vivre une sexualité ou une relation amoureuse. On est beaucoup aidé pour accéder à l'autonomie financière et matérielle. On essaie de nous donner de la dignité en nous insérant socialement et professionnellement mais pour la sexualité je pense que c'est un sujet qui restera encore quelques temps mis de coté ou défendu. Pourtant, c'est le but de la vie. Je suis sûr que pour tout le monde, avoir un amour physique et sentimental, c'est le vrai but de la vie. Mais pour les handicapés, et je parle pour les vrais (pas ceux qui on un petit complexe comme un bras en moins, qui portent des lunettes, ou qui sont asthmatiques), c'est un défi !
Pour finir mon "coup de gueule", je fais une petite annonce : "sale bonhomme, célibataire, pauvre, chômeur, handicapé (avec problème d'élocution), casse-pied (à prendre avec humour), mais qui malgré tout aime beaucoup rigoler, partir en vacance (comme par exemple en camping), fêtard, autonome (vivant en appartement, conduisant une voiture) cherche une sale bonne femme (à prendre au deuxième degré) qui a du caractère (sous entendu de la volonté), joyeuse, et surtout pas timide, voir même bien branchée sur le sexe car si elle est comme moi pudique, ça va pas être terrible. Le handicap, je m'en tape. Mon rêve serait alors d'avoir pleins de sales petits gamins courant dans une maison sympa ! Les mecs, bienvenus sur la station ! Evidemment pour la tasse de café ou pour l'apéritif sur Internet, ça sera dur, mais si vous voulez discuter, ça pourrait être chouette! Bon courage à tous".