| LES PIONNIERS DU HANDICAPISME... | ||
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Les
droits des personnes handicapées mobilisent de nombreux mouvements aux
USA tant au niveau des soins, de l'éducation, les transports, les
bibliothèques publiques, du travail, de la vie de couple. Le Conseil
National du Handicap est une agence fédérale indépendante de quinze
membres nommés par le Président et le Sénat. Le NCD fait des
recommandations au Président et au Congrès pour une meilleure intégration.
Les 49 millions d'Américains ayant un handicap font entrer le handicap
dans la normalité, la banalité du quotidien. Outre
la lutte contre la violence sur les personnes handicapées,
l'application de l'ADA (le "Americans with Disabilities Act"
de 1990), l'égalité des droits pour les travailleurs handicapés, les
services aux familles, certains militants du handicap développent une
autre philosophie.
Si les grosses associations que sont l'American Association of People
with Disabilities, le Consortium des Citoyens Handicapés (qui fédère
une centaine d'organisations), le National Organization on
Disability sont l'équivalent en plus modernes de l'APF, on trouve l'émanation
du Mouvement pour la Vie Autonome le TLG ("Trought the looking
Glass") qui s'adresse aux conjoints handicapés. L'Institut
de la Culture Handicapée est certainement l'une des
organisations les plus pertinentes aux USA. Cet
Institut "vise à promouvoir l'histoire, les activités, et
l'identité culturelle des personnes ayant des handicaps à travers le
monde". Outre le T-Shirt portant le logo handicapé et la phrase
"Soutenez l'handi-pride" à 20 dollars, un riche rayon
librairie offre des extraits de "La Charte des Droits du
Handicap" (5 dollars), "La Théorie et la Pratique de la Vie
Indépendante" (30 dollars), des peintures et des poèmes de la
culture handicapée (15 dollars). Steeven E. Brown et Lillian Gonzales
Brown, les fondateurs de l'Institut de la Culture Handicapée militent au service des droits des personnes handicapées depuis vingt
ans . Lillian a réfléchi
aux différents aspects du mouvement handicapé, notamment la sexualité
et la culture. Elle a rejoint le Mouvement pour la Vie Autonome dans les
années 70 à Berkeley (Californie). Elle a travaillé ensuite sur la
question du handicap et de la sexualité à l'Université de San
Francisco avec des professionnels de la santé et des groupes de
personnes handicapées. Elle milite pour les droits à l'information à
l'intimité pour les personnes handicapées mentales. Steven E.
Brown a été reçu docteur en histoire à l'université d'Oklahoma en
1981. Il a souffert de la discrimination dans sa vie professionnelle et
à développé des activités militantes avec un groupe de personnes
handicapées. Directeur de recherche sur les politiques publiques à
l'Institut mondial du Handicap d'Oakland (le "World Institute on
Disability", le WID) en Californie. Sa conviction est que les
personnes handicapées possèdent un héritage et qu'il faut le découvrir.
Son ouvrage "INDEPENDENT LIVING : THEORY AND PRACTICE" a été
traduit dans de nombreuses langues. Brown a écrit un livre sur un
pionnier des droits du handicap : Ed Roberts. Au cours des années 80,
Steeve et Lil ont ressenti un important besoin de savoir sur
l'histoire, les idéologies et les différentes expressions des
personnes handicapées. Ils ont quitté la Californie pour le Nouveau
Mexique en 1993 et crée l'Institut de la Culture Handicapée. Ils se
proposent de promouvoir l'histoire, la culture et l'identité des
personnes handicapées à travers le monde et agissent en publiant des
livres et en faisant des conférences. Au
coeur de la réflexion de Steven Brown, l'évolution historique du
handicap de la charité à la revendication des droits des personnes
handicapées. Qui sont les handicapés ? Des déviants, des invalides,
des combattants de la liberté ? La perception des personnes ayant un
handicap aux USA évolue. Le temps des pionniers consista à dénoncer
le paternalisme des hospices, la logique carcérale asilaire (jusqu'au
milieu XIXe), la fragilité, la réhabilitation et enfin la
reconnaissance des droits des personnes handicapées. La célébration médiatisée
de la charité (comme le Téléthon) pose la question de la culture
handicapée. L'expérience des personnes handicapées à travers
le monde est diverse en fonction des filtres culturels en place.
Il s'agit aujourd'hui de maintenir une voix éveillée, une conscience
au sein de la grande famille du handicap. La force et le pouvoir des
personnes handicapées vient du refus du handicap comme maladie sociale
mais comme l'acceptation d'un état, la célébration d'une différence.
Découvrir qui l'on est pose le débat en terme culturel. Sommes-nous
des survivants, des damnés ? Afin de sortir du ghetto : les arts, la
culture et la philosophie jouent un rôle certain. Grâce à de
nombreux talents, comme Jeff Moyer et sa guitare ("Me regardes-tu
comme un égal ?") l'image des personnes handicapées a changé.
L'idée de célébrer la différence rompt avec les symboles tragiques
d'anathème inspirés d'une société dominée par le poids du modèle
médical. Le Téléthon reste ambigu car il renforce la dimension
charitable de la relation avec un handicapé. Cette ambiguïté a généré
une grande controverse autour de Jerry Lewis, de plus en plus identifié
à la MDA (Muscular Dystrophy Association) depuis le lancement du
premier Téléthon en 1981. Chaque année, au moment du Téléthon, le célèbre
acteur écrit un article sur le handicap invitant les Américains à
aider les enfants, article diffusé dans toute la presse, n'hésitant
pas à passer quelques heures en fauteuil roulant pour voir ce que cela
fait. L'historien handicapé Paul Longmore a longuement décrit l'impact
du Téléthon sur le public américain, l'opération de communication la
plus vaste sur le handicap avec près de 250 millions d'américains
touchés. "Le message du Téléthon est que le handicap a détruit
la vie, et que la seule solution est de "soigner les handicapés".
Dans ces conditions, est-il possible d'être un homme à part entière même
avec un handicap ?" interroge t-il. "Entre charité et célébration
du handicap, le XXe siècle n'a pas tranché. En réalité,
l'industrie du handicap a besoin d'argent et les associations d'handicapés
une clientèle. Pour subsister, cette industrie a besoin de victimes
d'une tragédie" conclue t-il. Les participants du mouvement pour
les droits des personnes handicapées refusent de jouer plus longtemps
le rôle de victimes et de prendre en main leur vie. Plus
que l'activisme politique, Brown pense que l'avenir se joue sur le
terrain culturel. Les poèmes de Frank Moore ("Out of
isolation") qui décrivent l'histoire d'un homme incarcéré dans
une institution et qui rêve de liberté génère des discussions
passionnées. Les stages racontant l'histoire de l'oppression et de la dévaluation
de l'autre à travers les siècles permet aux handicapés d'apprendre à
célébrer l'existence du handicap grâce à des documents, des musiques
ou des vidéos. L'interaction avec le public est essentielle. Les
personnes handicapées illustrent la conférence et renforcent ainsi
l'idée de cocréation de l' histoire et de la culture. Certains
stagiaires s'écrient : "Ce n'est donc pas un crime d'être différent".
Le
mouvement pour les Droits des Handicapés est né aux USA durant les années
60 lorsque des personnes ont commencé à contester les stéréotypes
dominants. Ed Roberts, un ancien polio, ventilé et paraplégique, brisa
les barrières éducatives en devenant l'un des premiers handicapés
lourdement atteints à entrer au collège. Roberts entra à l'Université
de Berkeley en Californie en 1962 et devint le symbole international des
droits de l'homme. Ed n'était pas seul. D'autres handicapés formèrent
avec lui à Berkeley le "Rolling Quads" (l'escadron roulant).
L'expérience de chacun permit de mieux comprendre l'oppression dont
souffraient les personnes handicapées. L'activisme politique dans les
années 70 puis la naissance d'une presse handicapée dans les années
80 s'en suivit. Le résultat le plus important de ces débats fut l'évolution
de la perception du handicap. Les centres de vie autonomes et l'intérêt
des universitaires ont diversifié les approches. Toutes ces activités
ont contribué à développer une "culture du handicap". Mais
ce sont les artistes qui l'ont rendu la plus accessible, notamment dans
la baie de San Francisco (avec Cheryl Marie Wade, Wry Crips Women's
Theatre, and Frank Moore; les danseurs Bruce Curtis and the Axis Dance
Troupe; le scénariste Neil Marcus, les musiciens Jeff Moyer de
Cleveland, la canadienne Jane Field, l'Anglais Johnny Crescendo). Ces
personnes ne sont que la partie émergée de l'iceberg que l'on appelle
"la culture handicapée". Steven Brown conclue "les
personnes handicapées ont formé une identité. Nous avons une histoire
commune de l'oppression et de l'exclusion. Nous avons crée de l'art, de
la musique, de la littérature et d'autres expressions vivantes, notre
culture, nées de notre expérience d'handicapés. Le plus important est
de nous penser comme un peuple. Nous clamons que notre handicap fait
partie de notre identité. Nous sommes ce que nous sommes : nous sommes
le peuple des handicapés" (1996).
Le
mouvement ADAPT fait partie des plus virulents. Partisan de la
non-violence et de la désobéissance civile, ADAPT (American Disabled
for Attendant Program Today) s'investit dans les services à domicile ou
les institutions. Le
plus radical de tous est le Disabled In Action,
une association de lutte antidiscrimination. Fondée en 1970, ce
mouvement pour l'égalité s'est donné pour slogan "rien sur nous
sans nous". Ce mouvement démocratique combat pour l'élimination
des barrières qui empêchent les citoyens d'être égaux. DIA (Disabled
in Action) est dirigé par des personnes handicapées. Les objectifs du
DIA sont de faire prendre conscience à tous que le paternalisme est dépassé
et qu'il est temps de mettre un terme à l'oppression qui frappe les
individus handicapés. Promouvoir sa capacité de vivre indépendant
passe par un accès à l'éducation, au travail, à la santé, aux
transports, aux télécommunications et donc une "politique
globale". Pour y parvenir, il s'agit d'investir les radios, la TV,
la presse, de diffuser "The DIA Activist", participer à des
forums, des conférences. Travailler à l'application de la loi,
participer à des démonstrations publiques, organiser des
manifestations (notamment contre le paternalisme du Téléthon américain
de la MDA), des seat in. Avec l'ADAPT, le DIA revendique un programme
national d'aide. Avec le mouvement Not Dead Yet, le DIA dénonce la légalisation
du suicide assisté. Utopiste ? Non, les actions du DIA ont permis
de faire adopter un certain nombre de lois. Le DIA a été
crée en 1970 par Judy Heumann, une jeune militante handicapée et
d'autres handicapés de l'Université de Long Island à Brooklyn. Tout
commença lorsqu'on refusa à Judy sa licence de professeur à cause de
son handicap. Aujourd'hui Judy est Directrice de l'Office pour l'Education
Spécialisée et les Services de réhabilitation. DIA se veut une
force de changement qui milite pour une société libre du racisme, du
sexisme, de l'homophobie, antivieux, antihandicapés et l'exploitation
économique. L'association est surtout influente à New York
(cf.notre photo). Dans
la catégorie activiste doit être rangée le DAN. Le DAN
(Disabled Action Network) est l'équivalent anglais d'ADAPT.
Ces handicapés anglais militent pour l'accès des transports. En avril
1997, 150 personnes handicapées ont pris part à 3 journées d'action
à Londres dans le cadre d'une campagne pour l'accessibilité des
transports publics. Le premier jour, ils occupèrent les bureaux de la
Confédération des transports de passagers et bloquèrent deux lignes
de bus. Le lendemain, ils récidivaient devant la direction des
transports londoniens. Le troisième jour, ils transmirent un message
aux sièges des partis conservateurs et travaillistes, bloquant l'entrée
du premier pendant deux heures. Quel est l'objectif du DAN ? Envoyer des
messages aux opérateurs de transport et aux politiciens en montrant que
les personnes handicapées sont actives, capables de créer des
embouteillages. Le DAN somme le gouvernement de déterminer un programme
d'accessibilité des transports et surtout de s'engager avec un
calendrier. Le DAN pense qu'il est possible de rendre tous les bus et
trains accessibles en 2007, d'acheter des bus accessibles des 1998, de
former les employés à l'assistance aux personnes handicapées,
d'accueillir des personnes handicapées dans des commissions. La libération des citoyens handicapés est en marche ! |
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